
IO
L'EPATANT
Ce
soir-là,
Tirlyr
j
le
doux
Tirlyr
qui
fut
toujours
un
être
superficiel
un
rêveur
sans
volonté,
plus
riche
en
rimes
qu'en
numéraire,
s'en
allait
dans
le
monde.
Il
avait
juste
quatorze
sous
dans
sa
poche,
et
il
comptait
trouver
un
buffet
bien
achalandé
pour
réparer*
ses
for-
ces.
Avec
beaucoup
de
mal,
U
avait
réussi
à
se
procurer
un
ha-
bit,
un
pardessus
et
un
tube.
Tout
ce
matériel
de
soireux
n'était
pas
de
la
première
fraîcheur,
mais
en-
fin,
c'était
encore
mettable.
Dans
une
des
poches
de
son
habit,
Tirlyr
avait
pris
soin
d'introduire
une
petite
brosse
a
reluire,
dans
une
autre,
il
avait
mis
sa
boîte
de.
cirage
et
un
chiffon
de
laine.
De
celle
façon,
il
n'aurait
rien
à
débourser
pour
le
rapproprie-
ment
de
ses
chaussures,
et
il
n'en-
trerait
pas
dans
le
salon,
crotté
comme
un
barbet.
De
plus,
il
fe-
rait
l'économie
d'une
place
d'au-
tobus.
Eh
bien,
remarquez
une
chose,
c'est
souvent
à
ces
pauvres
dia-
bles
ingénieux
par
nécessité,
qu'il
arrive
des
aventures
déplaisan-
tes.
On
dirait
qu'un
mauvais
gé-
nie
se
plaît
à
les
tracasser.
Ils
font
une
économie
de
vingt-cinq
centimes,
et
au
lieu
d'en
être
ré-
compensés,
ils en
sont
punis.
Une
bonne
intention
leur
coûle
parfois
très
cher.
Tirlyr
a
toujours
fait
partie
de
cette
armée
de
malchan-
ceux.
C'est
ainsi
que,
pour
avoir
voulu,
ce
soir-là,
s'éviter
des
frais
de
transport,
il
fut
'pris
à
partie
par
la
bourrasque.
En
Ira-
versant
le
pont,
son
chapeau
haut
de
forme,
un
peu
juste
pour
sa
tête,
devint
soudainement
d'hu-
meur
vadrouillcuse,
et
descendit
en
vol
plané
dans
la
Seine,
grâce
au
gauchissement
de
ses
ailes.
■
Naturellement,
Tirlyr
n
'allait
pas
piquer
une
tête
pour
repê-
cher
son
chapeau.
Il
ne
poussa
pas
l'ingratitude
jusqu'à
dire
:
—
Je
m'en
fiche,
ce
n'est
pa9
à
moi.
Que
faire?
Que.devenir?
Il
gagna
'
rapidement
la
rive
droite
et
jeta
un
regard
furtif
dans
différents
estaminets.
Il
avait
son
idée.
Celle
-ci
n
'était
certainement
pas
d'une
honnêteté
scrupuleuse,
mais
à
la
guerre
comme
à
la
guerre
!
...
Ainsi
pen-
sent
les
gens
que
la
nécessité
pousse
à
des extrémités
indélica-
tes
et
qui
veulent
.étouffer
dans
l'œuf
la
voix
de
leur
conscience.
Tirlyr
espérait
trouver
un
petit
café
de
nianilleurs,
où
il
se
fe-
rait
servir
un
bock,
jetterait
son
dévolu
sur
un
chapeau
et
s'en
coifferait
à
la
hâte
au
moment
où
les
joueurs
se
trouveraient
absor-
bés
dans
leur
partie.
Tirlyr
quit-
terait
alors
furtivement
la
salle,
et
ni
vu
ni
connu
...
Il
savait
bien
que
c'était
une
pièce
qui
ne
se
joue
pas
toujours
aussi
facilement
que
.
je
l'écris,'
mais
Tirlyr
avait
réussi
tant
d'au-
tres
coups
bien
combinés
qu'il
ne
désespérait
pas
de
réussir
ce-
lui-là.
Il
s'arrêta
'"nfin
devant
un
débit
où
se
pressait
une
nombreuse
clientèle.
D'un
côté
de
la
sépara-
tion
vitrée,
la
salle
vulgaire
avec
le
zinc,
de
l'autre
:
la
salle avec
un
semblant
de
luxe,
où
les
con^
sommations
de
même
qualité
se
paient
deux
sous
de
plus.
Tirlyr
entra
résolument
dans
la
première.
En
voyant
le
nouveau
venu
avec
son
gilet
à
cœur,
le
pa-
tron
s'écria
:
—
Ah
!
le
voilà,
le
voilà,
enfin,
nous
sommes
sauvés
!
Des
rumeurs
de
joie
accueilli-
rent
ces
mots.
Tirlyr,
qui
tenait
à
ne
pas
être
remarqué,
murmura
:
«
Mauvaise
affaire
»'
.et
manifesta
quelque
surprise
devant
cet
in-
compréhensible
enthousiasme.
Heureusement,
il
eut
tout
de
suite
le
mot
de
l'énigme
:
—
Eh
bien,
vrai,
reprocha
le
patron,
les
spectateurs
vous
atten-
daient
avec
impatience,
vous
avez
au
moins
un
quart
d'heure
de
re-
tard
...
De
tous
les
côtés
on
me
crie
:
«
Votre
prestidigitateur
qui
doit
venir
ce
soir,
où
est-il
passé,
qu'est-ce
qu'il
devient.
Ce
n'est
pas
la
peine
qu'il
annonce
la
séance
pour
huit
heures
»
...
Ils
croient
que
c'est
un
coup
monté
entre
nous
pour
qu'ils
renouvel-
lent
leurs
consommations
...
Cette
fois,
Tirlyr
était
édifié.
Il
fut
sur
le
point
de
désillusionner
tout
le
monde,
mais
il
se
retint.
Cette
aventure
lui
tirait
une
rude
épine
du
pied.
Vile,
il
entra
dans
la
salle
contiguë
où
des
applau-
dissements
l'accueillirent.
—
Mesdames
et
messieurs,
excu-
sez-moi
de
ce
retard,
fit-il
avec
un
■
imperturbable
aplomb,
il
est
dû
à
la
'
difficulté
de
trouver
une
place
dans
l'autobus.
Je
vais
avoir
l'honneur
de
commencer
immé-
diatement
la
séance
par
un bon
petit
tour.
Je
vais
préparer
une
omelette
dans
ùp
chapeau
haut
de
forme.
Un
monsieur,
dans
l'ho-
norable
assistance,
voudrait-il
me
confier
son
chapeau.
Aussitôt,
un
gros
bonhomme
ru-
bicond,
ayant
1
allure
d'un
provin-
cial
momentanément
transplanté,
se
leva
pour
décrocher
son
cou-
vrit
la
porte
derrière
lui
et
s'é-
chappa
tout
sautillant
...
Il
n'était
que
temps.
Quelques
secondes'
de
plus,
et
notre
ami
Tirlyr
était
flambé.
En
effet,
tandis
qu
'il,
sortait
par
vre-chef
à
la
patère,
mais
son
épouse
l'arrêta
d'un
geste
:
—
Non,
non,
Arthur,
un
chapeau
de
quinze
francs
que
tu
viens
d'a-
cheter
pour
aller
à
la
noce
de
cousin
Scipion
;
on
va
le
l'abiaier.
—
Rassurez-vous,
madame,
se
récria
Tirlyr,
j'aurai
le
plus
grand
respect
pour
le
chapeau
de
monsieur
votre
époux
...
Voici
plus
de
cinq
cents
expériences
que
je
fais,
et
les
chapeaux
qu'on
me
confie,
sortent
de
mes
mains
in-
tacts,
purs
et
sans
taches
...
—
Mais
oui,
Mélanie,
fit
le
bon-
homme
convaincu,
ce
n'est
pas
la
première
fois
que
je
confie
des
chapeaux
à
des
physiciens
...
Présentant
alors
le
tube
à
Tir-
lyr
:
,
—
Vous
pouvez
y
aller,
mon
brave.
—
Mesdames
et
messieurs,
vous
voyez
tous
ce
chapeau,
il
n'y
a
pas
de
double
fond,
il
n'est
pas
truqué.
Eh
bien,
je
vais
casser
six
œufs
dedans,
je
le
mettrai
sous
un
petit
réchaud,
je
fabriquerai
instantanément
une
omelette,
je
l'arroserai
de
rhum
et
j'y
mettrai
le
feu.
Ce
disant,
Tirlyr,
qui
tenait
le
chapeau
de
la
main
gauche,
fouil-
lait
avec
la
droite
dans
la
poche
de
son
pardessus.
—
Ah
!
reprit-il,
un
petit
mo-
ment,
mesdames
et
messieurs,
j'ai
oublié
le
principal
:
les
œufs
!
...
Mais
j'aime
mieux
qu'il
en
soit
ainsi,
vous
pourriez
croire
que
les
œufs
sont
truqués,
je
vais
chez
la
crémière
voisine
pour
la
prier
de
m'apporter
elle-même
six
œufs
bien
frais
...
Sans
lâcher
le
chapeau,
il
ou-
une
porte,
le
véritable
prestidigi-
tateur
entrait
par
l'autre
...
Mais
Tirlyr
avait
de
fameuses
jambes.
Il
mit
rapidement
entre
lui
et
la
boutique
du
mastroquel
une
bonne
centaine
de
métrés.
Le
chapeau
lui
entrait
jusqu'aux
oreilles.
Qu'importe
!
Il
acheta
plusieurs
journaux
du
soir
dont
il
fit
une
cale
circulaire
et
moel-
leuse.
Puis,
il
poursuivit
sa
route
en
pouffant
à.
l'idée
de
la
têle
que
devait
faire
en
ce
moment
Arthur'
l'homme
au
chapeau,
et
Mélanie
son
épouse,
que
cette
perte
allait
rendre
inconsolable,
mais
qui
pourraient
se
vanter
d
'avoir
assis-
té
à
un
bon
tour.
ALPHONSE
C
ROZIÈRE.
PROCHAINEMENT
<'
RÉAPPARAÎTRONT
:
ET
DANS
de
ffo&velles
et
Hi
DUROKFIiAR
VEU¥
SE
/«ARIER
(Suite.)
.
.
F
.
,
*
«^«{.«AH
rte
In
vpvnir
car
il
esnèn
Timfate
sa
)7ië
'deJe'lr'6uver
enfin.
la
revoir
car
il
espère
l'épouser.
Seulement
ur
prise
bien
inat-
t
sept
enfants.
Duronfiar
ne
veut
plus
rien
savoir
et
^sespere
fait
la
rencontre
d'un
individu
qui
se
dit
lance
a
sa
recherche
Dursnflar
—
on
a
beau
avoir
la
conscience
tranquille
—
r
,sta
font
surpris
dejeette
rencontre.
La
figure
de
son
in-
terlocotcur
lui
était
totalement
inconnue
et
—
faut-il
le
aire
-
n'annonçait
rien
de
bon.
Aussi,
désirant
peu
sex-
uliaaei'
aveo
ce
monsieur
muni
de
son
portrait
se
mit-il
en
Loir
de
se
trotter.
Car
une
pensée
sinistre
venait
de
tra-
îerser
son
oerveau
:
«
On
me
recherche
comme
fou
sûre-
ment,
on
désire
me
réintégrer
...
dans
un
quelconque
asile
!
»
Cette
pensée
lui
donna
des
ailes.
U
s'enfuit,
mais
n'alla
pas
bien
loin.
Le
bonhomme
qui
l'avait
abordé,
un
ancien
gaucho
sans
doute,
sortant
un
lasso
do
sa
poche,
le
lança
d'une
main
sure
et
ramena
illico
notre
Duronfiar.
«Bougre
d
imbécile!
lui
dit-il
avec
cordialité,
je
ne
te
veux
pas
do
mal,
bien
au
contraire.
Si
je
me
suis
donné
la
mission
...
de
te
retrouver,
c'eBt
dans
ton
intérêt,
ot
pour
le
mien
aussi,
bien
entendu
...
»
Puis,
l'emmenant
a
rin
pro-
chain
café,
il
oommanda
deux
consommations
et
dit
:
u
D'abord,
permets
que
jo
me
présente.
Mon
nom
:
Lema-
riol!
profession
:
déteotive
privé.
Voila!
maintenant
apprends
qu'un
tien
oncle
du
nom
de
Duronflar-oey
est
mort
en
Algérie
laissant
une
fortune
appréciable
et
une
jolie
fille
...
»
Puis
sortant
un
journal
do
sa
poche,
il
lui
lut
1
annonce
■vivante
:
«
On
recherche
pour
héritage
le
nommé
Duron-
flar.
Ecrire
Poste
Restante,
à
Lemariol,
bureau
95
Tuvois
«ne
mon
récit
est
sincère
...
Or,
ton
onclo
qui
a
fait
fortune
m
Algérie,
Tunisie
et
autres
patelins
d'Arbicots,
te
fait
son
héritier
-
quelques
millions
—
à
la
condition
vraiment
acceptable
d'épouser
sa
fille
...
et
quelle
johe.fllle
1
»
Où
donc!
que
j'y
cours
...
»
s'écria
enthousiasmé
Du-
ronfiar.
«
Je
t'y
mène,
mon
coco,
dit
gracieusement
Lema-
riol
Reconnais-moi
simplement
par
éorit
une
petite
com-
mission
de
5
OrO
pour
la
peine
prise
par
moi
pour
faire
ton
bonheur.
»
Duronfiar
accepta
avec
joie,
signa
le
petit
con-
trat
sans
hésiter
et
une
heure
après
nos
deux
copains
se
trouvaient
en
l'étude
de
maître
Corbeau
notaire,
détenteur
dudit
testament.
Tout
était
vrai
de
ce
qu'avait
annonce
le
sieur
Le
notaire
d'ailleurs
le
félicita
pour
son
flair.
«
HP"
Fatiuna
Duronflar-bey,
ajouta-t-il
gravement
vous
attend
depuis
sa:
mois
ici
même
à
Paris,
au
ce
Luxious-Hôtel
»
ies
Champs-
Elysées.
Allez
la
retrouver
et
le
jour
même
de
votre
mariage
vois
entrerez
en
possession
de
l'héritage.
»
Duronfiar
com-
plètement
grisé
par
ce
coup
de
fortune,
sortit
en
dansant
la
gigue
toujours
accompagné
do
Lemariol.
«C'est
pas
tout
ça,
dit-il
à
ce
brave
garçonaqui
il
devait
m
bonheur,
mais
pour
nous
présenter
dignement
devant
ma
belle
cousine,
il
serait
bon
de
nous
renipper
l'un
ot
1
autre
it
avoir
au
moins
de
quoi
lui
envoyer
une
gerbe
de
fleurs.
—
Excellente
idée,
dit
Lemariol.
Jo
connais
un
brave
homme
qui
se
fera
un
plaisir
de
t'avancer
un
peu
de
braise.
»
Et
ils
s'en
furent
chez
un
honnête
homme
d'usurier
qui
consentit
à
avancer
20,000
francs
à
200
0/0
seulement
pour
un
mois.
Cela
suffisait
à
Duronfiar
qui
se
confondit
en
remercîments.
Immédiatement
avec
Lemariol
il
se
rendit
chez
un
tailleur
des
plus
high-life
qui
leur
fit
immédiate-
ment
retoucher
des
habits
de
soirée
qui
leur
allèrent
comme
des
gants.
Puis
estimant
qu'Us
ne
pouvaient
se
présenter
chez
1
ai-
mable
héSe
à
l'heure
du
dîner,
Us
s'en
furent
dans
.un
des
plus
grands
restaurants
du
Bois
de
Boulogne
et
se
firent
servir
un
de
ces
gueuletons
dont
le
souvenir
reste
grave
Eï
'ertomac
«
Il
ne
serdtpas
cunvenable.
mt
Duror^arr
avec
sa
correction
habituelle,
d'aller
se
présenter
le
soi,
Chez
unejeune
fille.
Sons
irons
demain
...
»
«
En
attendant,
divertissons-nous
un
peu
...
victime
de
la
noire
purée
depuis
longtemps
et
devant
quitter
la
yie
de
garçon
d'ici
peu,
une
bombe
carabinée
ne
me
déplairait
Pas!
»
Ces
sages
paroles
furent
chaleureusement
approuvées
Par
Lemariol
et
ces
messieurs
immédiatement
se
mirent
en
devoir
de
prendre
quelques
distractions
.,
et
quelques
bois-
sons
variées.
Le
lendemain
matin
à 9
heures,
fortement
laéché,
1»
bouche
pâteuse,
l'œil
atone
...
Duronfiar
et
Lemariol
qui
probablement
ne
se
1
rendaient
pas
bien
compte
de
leur
état,
à
moins.qu'ils
nécrosassent
de
trésors
d'indulgence
pour
_
leurs
aimables
P»«™»
8S
>-
cidèrent
d'aller
sans
plus
tarder
au
Ln™us.Hotel
Pr«»tor
leurs
hommages
à
M
11
»
Fathma
Duronflar-bey.
Hs
louèrent
donc
une
ma|nifique
auto,
firent
envoyer
une
superbe
i
cor-
beille
de
fleurs,
et
à
10
heures
précises
arrivaient
devant
le
perron
...
,
du
«
Luxious-Hôtel
».
Des
valets
empresses
se
précipitèrent
au-devant
de
ces
olients,
un
peu
pats,
mais vraiment
cossus
«
M"«
Duronflar-bey,
»
demanda
Lemariol.
Le
gérant
accourut
:
«
Ces
messieurs
arrivent
Top
tard,
dit-il
avec
un
sourire
gracieux.
Cette
demoiselle,
lasse
d'attendre
un
sien
cousin
qui
devait
venir
la
retrouver,
est
partio
hier
sans.dire
où
elle
allait
..
,
»
Duronfiar
a
ces
mots
B
'évanouit
dans
les
bras
de
Lemariol,
(A
suivre.)
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